J'ai jamais été raciste, enfin je ne crois pas... enfin j'espère !
Pourtant nombre de raisons auraient pu me pousser à le devenir. Tout commençât dans ma prime jeunesse, car très tôt je fus confronté à l'immigration non-choisie dans ma propre classe (oui madame !). La Croatie toute entière était entrée sans me demander la permission, dans mon collège que j'avais, toute la Croatie condensée en un seul et même être à deux bras, deux jambes et le teint pas franchement hâlé, que pour un anonymat complet je nommerai ici Pierre-Yves MIRUS.
Bon, je précise que pour retrouver son vrai nom il suffit de changer une lettre, et que non il ne faut pas changer le R en N.
Nous on l'appelait PYM, non pas que ça soit spécialement beau, mais au moins c'était prononçable et surtout très rapide. Je n'ai pas le souvenir que PYM avait, ou n'avait pas d'amis, PYM était là, sans être trop là, mais sans être invisible non plus. Il était là quoi.
Enfin je dis « il était là », disons qu'il est passé relativement inaperçu dans cette classe de 6ème F jusqu'à ce Lundi matin, 10h30.
Revenons sur les faits.
Lundi matin 7h45, le petit Gildas que je suis se ramène au collège de La Coutanpière (attention, ici encore un faux-nom a été donné pour raison d'anonymat), relativement guilleret de son week-end probablement extraordinaire, où il a une fois de plus dompté 40 lions, écrit 762 lettres d'amour et reçu 762 « non tu m'intéresse pas » du week-end précédent. Bref, un petit week-end normal, qui contient son samedi matin de grasse-mat' et son Dimanche soir tout pourri comme tous les Dimanche soirs du monde.
Figurez-vous que je n'ai absolument aucun souvenir du temps qu'il faisait en ce lundi matin, mais en considérant que j'habitais alors en Brekagne (nom anonymisé pour ne pas qu'on vienne m'y emmerder) je suppose qu'il pleuvait, comme d'hab'.
Mais hélas ma guilleretude ne tardera pas à faire pssshhhht de façon abracadabrantesque.
Car je m'aperçut alors que je n'avais pas rédigé la prose, que dis-je, l'œuvre que Mme Nasson avait recommandé de façon amicale mais somme toutes assez ferme, d'écrire pour ce Lundi matin en question, au risque de se prendre une grosse beigne dans ma gueule, ou plus humainement une colle, ça dépendait de l'humeur.
Le sujet de ce texte mirifique était libre, il avait pour unique but de tester notre capacité rédactionnelle, si tant est que celle-ci existait.
Moi, Mme Nasson j'avais rien contre elle à la base. Bon, bien entendu il m'arrivait comme tout un chacun d'avoir des envies de meurtre quand elle me rendait mes 4 en latin, alors que le latin moi je m'en foutais un peu, du moment qu'il me laissait tranquille je venais pas l'emmerder.
Donc en ce Lundi matin de Novembre, je croisai comme tous les jours Rudy Topinière qui, du haut de ses 13 ans me demanda soudainement : « dis donc, as-tu rédigé cette prose dialectique que dame Nasson, gloire à elle, nous donnât avec empathie la semaine passée ? As-tu préféré parler des turpitudes Nitscheïennes ou pousser une réflexion sur l'anti-humanisme secondaire dans l'œuvre de Proust entre 1922 et 1923 ? » .
Ouais, il était comme ça Rudy. Jamais le dernier pour déconner.
Il s'avérait que comme sujet j'avais choisi : rien. Un fâcheux oubli volontaire m'a fait oublier mon seul et unique devoir de collégien : faire mes devoirs.
Ne voulais pas me prendre ni une beigne, ni une colle, je décidai alors dans la précipitation de sauter sur le premier camarade à portée de mes grands bras maigres (de l'époque), et l'heureux élu du hasard et du destin fût le PYM en question.
PYM, avec tout l'altruisme qu'on lui connaissait alors, acceptât sans broncher de me prêter l'intégralité de tous ses efforts littéraires rédigés avec tant de talent et de simplicité que tout tint en 12 lignes. 12 lignes que je recopiai sur un bout de papier crado issu de feu mon cahier de brouillon, digne descendant d'une grande lignée de cahiers de brouillons dont la première page fût écrite proprement, pendant que les 124 dernières se noyaient dans le fond de mon cartable attendant avec impatience de se retrouver dans la poubelle de ma chambre.
Je ne sais pas si l'apothéose de la vie d'une page de cahier de brouillon est de terminer vierge dans une poubelle...
Nous sommes ensuite entré dans l'antre de Mme Nasson, cette salle glauque où elle rôdait inlassablement, vêtue de cette mini-jupe et de ces bottes en cuir, du haut de ses 67 ans.
Tout à coup ma vie s'arrêtât, lorsque celle qui représentait alors le temple de la féminité à mes yeux, Mme Nasson donc, prononçât cette phrase à jamais gravée dans ma mémoire « Quelques-uns d'entre vous vont nous lire ce qu'ils ont écrit ce week-end ». En fait c'est surtout la phrase suivante qui m'a marqué : « Gildas par exemple ».
Avec courage et héroïsme (et humilité, un peu), je saisis alors ma feuille, et je lu ce texte, dont l'émotion ne m'appartenait pas et dont la plume ne m'était pas familière. En fait je l'avais écrit un peu comme un cochon, donc c'était illisible. Donc j'ai buté sur tous les mots.
« Eh bien Gildas, tu ne sais pas te relire ? » me dit-elle alors, « ou peut-être n'est-ce pas toi qui a écrit ce texte ? ».
C'est alors que l'improbable se produit, Pierre-Yves MIRUS, oui, lui-même, se levât et dit ces mots que j'irai graver sur sa tombe si j'le retrouve : « non Mme, il l'a recopié sur moi ».
Ma vie s'est arrêtée.
Quelques lignes de plus orneraient alors pour les siècles des siècles mon pauvre carnet de correspondance qui n'avait rien demandé.
Et c'est ce jour là la Croatie, incarnée toute entière dans un maigrichon en sweat-shirt bleu, devint mon pire ennemi pour l'éternité.
Bon, ça m'empêchera pas d'aller y faire un tour cet été.
Mais quand même.
Pourtant nombre de raisons auraient pu me pousser à le devenir. Tout commençât dans ma prime jeunesse, car très tôt je fus confronté à l'immigration non-choisie dans ma propre classe (oui madame !). La Croatie toute entière était entrée sans me demander la permission, dans mon collège que j'avais, toute la Croatie condensée en un seul et même être à deux bras, deux jambes et le teint pas franchement hâlé, que pour un anonymat complet je nommerai ici Pierre-Yves MIRUS.
Bon, je précise que pour retrouver son vrai nom il suffit de changer une lettre, et que non il ne faut pas changer le R en N.
Nous on l'appelait PYM, non pas que ça soit spécialement beau, mais au moins c'était prononçable et surtout très rapide. Je n'ai pas le souvenir que PYM avait, ou n'avait pas d'amis, PYM était là, sans être trop là, mais sans être invisible non plus. Il était là quoi.
Enfin je dis « il était là », disons qu'il est passé relativement inaperçu dans cette classe de 6ème F jusqu'à ce Lundi matin, 10h30.
Revenons sur les faits.
Lundi matin 7h45, le petit Gildas que je suis se ramène au collège de La Coutanpière (attention, ici encore un faux-nom a été donné pour raison d'anonymat), relativement guilleret de son week-end probablement extraordinaire, où il a une fois de plus dompté 40 lions, écrit 762 lettres d'amour et reçu 762 « non tu m'intéresse pas » du week-end précédent. Bref, un petit week-end normal, qui contient son samedi matin de grasse-mat' et son Dimanche soir tout pourri comme tous les Dimanche soirs du monde.
Figurez-vous que je n'ai absolument aucun souvenir du temps qu'il faisait en ce lundi matin, mais en considérant que j'habitais alors en Brekagne (nom anonymisé pour ne pas qu'on vienne m'y emmerder) je suppose qu'il pleuvait, comme d'hab'.
Mais hélas ma guilleretude ne tardera pas à faire pssshhhht de façon abracadabrantesque.
Car je m'aperçut alors que je n'avais pas rédigé la prose, que dis-je, l'œuvre que Mme Nasson avait recommandé de façon amicale mais somme toutes assez ferme, d'écrire pour ce Lundi matin en question, au risque de se prendre une grosse beigne dans ma gueule, ou plus humainement une colle, ça dépendait de l'humeur.
Le sujet de ce texte mirifique était libre, il avait pour unique but de tester notre capacité rédactionnelle, si tant est que celle-ci existait.
Moi, Mme Nasson j'avais rien contre elle à la base. Bon, bien entendu il m'arrivait comme tout un chacun d'avoir des envies de meurtre quand elle me rendait mes 4 en latin, alors que le latin moi je m'en foutais un peu, du moment qu'il me laissait tranquille je venais pas l'emmerder.
Donc en ce Lundi matin de Novembre, je croisai comme tous les jours Rudy Topinière qui, du haut de ses 13 ans me demanda soudainement : « dis donc, as-tu rédigé cette prose dialectique que dame Nasson, gloire à elle, nous donnât avec empathie la semaine passée ? As-tu préféré parler des turpitudes Nitscheïennes ou pousser une réflexion sur l'anti-humanisme secondaire dans l'œuvre de Proust entre 1922 et 1923 ? » .
Ouais, il était comme ça Rudy. Jamais le dernier pour déconner.
Il s'avérait que comme sujet j'avais choisi : rien. Un fâcheux oubli volontaire m'a fait oublier mon seul et unique devoir de collégien : faire mes devoirs.
Ne voulais pas me prendre ni une beigne, ni une colle, je décidai alors dans la précipitation de sauter sur le premier camarade à portée de mes grands bras maigres (de l'époque), et l'heureux élu du hasard et du destin fût le PYM en question.
PYM, avec tout l'altruisme qu'on lui connaissait alors, acceptât sans broncher de me prêter l'intégralité de tous ses efforts littéraires rédigés avec tant de talent et de simplicité que tout tint en 12 lignes. 12 lignes que je recopiai sur un bout de papier crado issu de feu mon cahier de brouillon, digne descendant d'une grande lignée de cahiers de brouillons dont la première page fût écrite proprement, pendant que les 124 dernières se noyaient dans le fond de mon cartable attendant avec impatience de se retrouver dans la poubelle de ma chambre.
Je ne sais pas si l'apothéose de la vie d'une page de cahier de brouillon est de terminer vierge dans une poubelle...
Nous sommes ensuite entré dans l'antre de Mme Nasson, cette salle glauque où elle rôdait inlassablement, vêtue de cette mini-jupe et de ces bottes en cuir, du haut de ses 67 ans.
Tout à coup ma vie s'arrêtât, lorsque celle qui représentait alors le temple de la féminité à mes yeux, Mme Nasson donc, prononçât cette phrase à jamais gravée dans ma mémoire « Quelques-uns d'entre vous vont nous lire ce qu'ils ont écrit ce week-end ». En fait c'est surtout la phrase suivante qui m'a marqué : « Gildas par exemple ».
Avec courage et héroïsme (et humilité, un peu), je saisis alors ma feuille, et je lu ce texte, dont l'émotion ne m'appartenait pas et dont la plume ne m'était pas familière. En fait je l'avais écrit un peu comme un cochon, donc c'était illisible. Donc j'ai buté sur tous les mots.
« Eh bien Gildas, tu ne sais pas te relire ? » me dit-elle alors, « ou peut-être n'est-ce pas toi qui a écrit ce texte ? ».
C'est alors que l'improbable se produit, Pierre-Yves MIRUS, oui, lui-même, se levât et dit ces mots que j'irai graver sur sa tombe si j'le retrouve : « non Mme, il l'a recopié sur moi ».
Ma vie s'est arrêtée.
Quelques lignes de plus orneraient alors pour les siècles des siècles mon pauvre carnet de correspondance qui n'avait rien demandé.
Et c'est ce jour là la Croatie, incarnée toute entière dans un maigrichon en sweat-shirt bleu, devint mon pire ennemi pour l'éternité.
Bon, ça m'empêchera pas d'aller y faire un tour cet été.
Mais quand même.